Le vieillissement et l’isolement social

Billet de Jacinthe Bertrand, coordonnatrice aux communications, Polio Québec

Certains mesurent le succès d’une société à sa croissance économique, d’autres à son niveau d’éducation ou son réseau de santé. Je crois qu’on peut mesurer l’avancement d’une société à la place qu’elle laisse à ses aînés.

Le Québec en 2018 comptait plus de 1,5 millions d’individus âgés de 65 ans et plus.[1] Un article du Devoir rapportait qu’un aîné sur trois vit seul au Québec, que la même proportion n’aurait aucun contact avec sa famille au cours d’une semaine, et qu’un sur cinq dit ne pas avoir d’amis proches.[2] Les aînés québécois souffriraient-ils de plus en plus d’isolement social ? Dans ce billet, je tenterai de démystifier pour vous ce qu’est ce concept, comment il peut être problématique, dans quels cas vieillir seul n’est pas un problème, et comment briser l’isolement social.

 

Le petit lexique de l’isolement social

Selon la FADOQ, l’isolement social est la diminution importante des interactions sociales en termes de nombre, de fréquence et de qualité. Les situations d’isolement social sont complexes et diffèrent d’un individu à l’autre puisqu’elles peuvent être de court terme, par exemple dans le cas d’une personne qui vient de perdre son époux et qui se replie sur elle-même le temps de faire son deuil, ou de long terme dans le cas d’un retraité qui ne s’investit pas dans d’autres activités et perd donc peu à peu son réseau social.

Il faut bien noter que l’isolement social, la solitude et le fait de vivre seul sont trois choses complètement différentes. Il est possible de ressentir de la solitude même si l’on est entouré si nos relations sociales ne sont pas de bonnes qualités. Une autre personne pourrait quant à elle vivre seule sans nécessairement être isolée socialement si elle s’investit dans des associations, qu’elle a des activités et qu’elle sort avec des amis.

L’isolement social a énormément de facteurs de risques. Entre autres, on y retrouve le fait de disposer de faibles moyens financiers, d’être sans enfants, d’avoir des limitations physiques, cognitives ou sensorielles, de déménager, de perdre le permis de conduire, de ne pas se sentir en sécurité dans son quartier, etc.[3]

 

Les conséquences de l’isolement social

Évidemment, l’isolement social a des conséquences négatives sur le bien-être lorsqu’il mène à un sentiment de solitude. On peut alors ressentir une perte d’estime de soi ou un sentiment d’inutilité. Cependant, en plus de la détresse psychologique causée par ce fléau, les études ont montré que l’isolement social et la solitude ont un impact important sur la santé physique, au même titre que l’obésité, la sédentarité ou encore le tabagisme. Le fait de se retrouver isolé mènerait à une hausse des troubles cardiovasculaires, puisque les individus auraient un rythme cardiaque au repos plus élevé et une hausse exagérée de la pression artérielle.[4]

La FADOQ relate un nombre important de conséquences sur la santé dont une espérance de vie diminuée, de la dénutrition, des troubles du sommeil, un déclin des capacités cognitives, etc. Et un problème majeur qui en découle est qu’à force d’être isolées, les personnes qui en souffrent ont moins tendance à aller chercher l’aide nécessaire.[5]

 

L’autre côté de la médaille

L’isolement social est-il une fatalité ? Devons-nous nous résigner à nous retrouver là un jour ? Bien sûr que non. Tel que mentionné précédemment, une personne peut très bien vivre seule et n’avoir que des relations sociales très limitées, mais ne pas en souffrir.

La Chaire sur le vieillissement a mené une étude intitulée «Vieillir et vivre seul-e», visant à en savoir plus sur la diversité des expériences des personnes âgées afin de mieux outiller la société à répondre à leurs besoins. La majorité des répondants ont identifié que le fait de vivre seul « n’est pas un drame en soi ».

Alors pourquoi un taux préoccupant d’aînés souffriraient d’isolement social ? L’une des participantes à l’étude a très bien résumé la réponse à cette question : «Le vieillissement peut être angoissant si la société nous laisse sur un chemin parallèle. L’important pour moi, c’est qu’on nous considère comme des citoyens actifs.»[6]

Un élément intéressant est d’ailleurs le fait que le vieillissement ne se vit pas de la même façon en ville ou en région. Lorsque l’on est près d’un grand centre, il est plus facile de se déplacer puisqu’il y a plus de méthodes, et il est également plus facile d’avoir accès à des services de proximité. Cependant, les régions ont pour avantage d’avoir un plus grand esprit communautaire. Il peut donc être plus facile d’y trouver un réseau de soutien à l’extérieur de la famille.

 

Comment briser l’isolement social

Si vous éprouvez un sentiment de solitude et que vous souhaitez remédier à la situation, plusieurs options s’offrent à vous.[7]

Restez en activité

Le travail occupe une place énorme dans nos vies, donc le fait de prendre sa retraite peut causer un grand vide. C’est pourquoi il est important de s’impliquer dans d’autres activités afin de tisser des liens avec d’autres personnes. Si pour vous le Bingo est trop cliché, il y a une foule de sports et de loisirs accessibles aux personnes à mobilité réduite. À travers le Folio Polio, nous vous avons déjà parlé du gym liquide ou encore du yoga par le rire, mais vous pouvez trouver bien des loisirs et activités sur des répertoires d’associations.

Rendez service

Le voisinage est une belle occasion de sortir de l’isolement. Si vous en êtes capable, proposez-vous pour rendre service à vos voisins ! Cela vous donnera une belle occasion de parler avec eux et de vous occuper. Si vous n’êtes pas en mesure de passer la tondeuse ou de pelleter, pensez à de plus petits services comme surveiller les enfants le temps que la voisine va à l’épicerie.

Tenez-vous informé

L’actualité est tellement utile pour nourrir les conversations. En demeurant informé sur l’actualité régionale, nationale et internationale, vous serez en mesure d’entamer la discussion avec vos voisins, votre coiffeur, des commerçants. Qui sait, en partageant votre point de vue, peut-être découvrirez-vous de nouvelles façons de penser !

Participez à la vie associative

Peu importe vos intérêts, il est certain qu’il existe une association en lien dans laquelle vous pourriez vous impliquer. Ceci permet non seulement d’aider les autres et de se sentir utile, mais aussi de tisser de nouveaux liens. Vous pourrez rencontrer des gens qui ont les mêmes passions que vous ou qui ont des parcours similaires. Par exemple, l’Association Polio Québec est toujours ouverte à accueillir des participants à ses réunions du conseil d’administration. Si vous aimeriez vous impliquer, contactez-nous afin de nous signifier votre intérêt et nous vous communiquerons les détails des rencontres.

Faites appel aux Petits Frères

Si les solutions précédentes ne vous intéressent pas ou que vous êtes dans l’impossibilité d’en appliquer une, vous pouvez faire appel à la famille des Petits Frères. Il s’agit d’un organisme communautaire où des personnes ayant du temps libre décident de visiter des personnes âgées afin de passer du temps avec elles. Tous les petits frères doivent passer par un processus de sélection et de vérification des antécédents. Pour plus d’informations, visitez leur site web.

 

Sources

[1] Institut de la statistique du Québec. Population du Québec par âge et sexe. http://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/population-demographie/structure/index.html

[2] Texte collectif. Le Devoir. L’isolement social des personnes âgées, un réel gaspillage humain. https://www.ledevoir.com/opinion/idees/536356/l-isolement-social-des-aines-un-reel-gaspillage-humain

[3] FADOQ. L’isolement social des aînés en bref. https://www.fadoq.ca/wp-content/uploads/2017/12/outil-1-v-finale.pdf

[4] Dr Martin Juneau. Observatoire de la prévention ; Institut de cardiologie de Montréal. L’isolement social, un important facteur de risque de mortalité prématurée. https://observatoireprevention.org/2017/05/03/lisolement-social-important-facteur-de-risque-de-mortalite-prematuree/

[5] FADOQ. Ibidem

[6] Charpentier, M., Soulières, M. et Kirouac, L. Chaire de recherche sur le vieillissement et la diversité citoyenne. Vieillir et vivre seul-e. http://chairevieillissement.uqam.ca/fichier/document/VVS_RAPPORT_2019-01-25_MS_final.pdf

[7]Olivier. 13 astuces pour sortir de l’isolement social. http://www.malade-mais-heureux.com/sortir-isolement-social/